« Travailler plus et faire … moins bien ! »
Voilà résumé dans cette expression le quotidien des journalistes de France 3.
Depuis l’annonce de la suppression de la publicité, la nouvelle politique managériale de France Télévisions est basée sur une seule chose : les ECONOMIES. Mais attention, pas de méprise. Nous ne parlons pas ici d’économie sur les cocktails, les téléphones portables dernières générations attribués aux cadres supérieurs, les voyages en 1ère classe ou les caisses de champagne. Nous évoquons là, les économies de personnel.
Pour bien comprendre la situation, un mot sur le fonctionnement d’une rédaction. Dans tous les bureaux de France 3, deux types de journalistes se côtoient. Il y a d’abord les journalistes reporters d’images (JRI). Communément appelés cameramen, ces salariés sont chargés de filmer. Ils partent sur le terrain avec un journaliste rédacteur, chargé lui, d’effectuer les interviews, d’écrire les commentaires et de réaliser le reportage final avec un monteur. Toutes ces personnes peuvent être titulaires de leur poste (et donc salariées de France Télévisions) ou CDD, en Contrat à Durée Déterminée. C’est une des particularités des médias, les entreprises de presse peuvent impunément employés pendant 2, 3, 5, 10 ou 15 ans des journalistes, sans leur proposer de CDI. Aujourd’hui, économie oblige, voilà donc les CDD transformés en variable d’ajustement.
« Il faut faire des économies. On va supprimer des CDD »
« Il faut faire des économies. On va supprimer des CDD »
Appelés pour remplacer un journaliste CDI malade, en stage, en RTT ou en congés, les CDD se font désormais de plus en plus rares dans les rédactions. Les journalistes en CDI ne sont plus systématiquement remplacés et nos collègues CDD sont contraints de changer de chaine, partent dans des entreprises qui savent exploiter leurs talents. D'autres changent de métiers ou pire, se retrouvent au chômage, remerciés après des années et des années passées dans l'audiovisuel public. Là est le principal problème. La durée des journaux augmente (puisqu’il faut faire croire au téléspectateur que la chaine est de plus en plus proche de lui) et le nombre de journalistes dans les rédactions diminue.
« Travailler plus et faire … moins bien. »
Nous y sommes. Aujourd’hui, les journalistes disposent de moins en moins de temps pour préparer les reportages, enquêter (un mot qui a disparu de notre vocabulaire), rencontrer les gens et discuter avec eux. Désormais le journaliste de France 3 – à de rares exceptions près – doit réaliser son reportage, du matin pour le soir. Et si le reportage diffusé à l'antenne ne dure qu'une minute trente, sa préparation est bien plus longue. Il faut dans un premier temps prendre contact avec les personnes à rencontrer puis s'informer sur le sujet, se déplacer sur le lieu du tournage, filmer, rentrer au bureau, écouter les interviews réalisées sur site et découper les morceaux les plus intéressants, monter et construire le reportage avec le monteur et enregistrer le commentaire. Vous l'aurez compris, le rythme est dense. De plus en plus dense.
« Vive le superficiel. Vive la communication... adieu l'information »
Cette situation est une aubaine pour les attachés de presse et autres responsables de la communication des industries, institutions et collectivités. En nous mâchant le travail c'est à dire en préparant des communiqués, clairs, lisibles et synthétiques avec uniquement les informations qu'ils souhaitent diffuser et en « omettant » de parler des choses qui fâchent, ils savent que le journaliste, pris par le temps, sera ravi de trouver ce document afin de rendre dans les temps son reportage d’une minute trente. Car à présent, l’essentiel est de remplir le journal du midi et le journal du soir.
« De la quantité ! Peu importe la qualité ! »
Un téléspectateur lambda effectuant un visionnage attentif et critique d’un journal se rendra vite compte que 50% des personnes invitées en direct, sur le plateau, ne présentent pas un intérêt exceptionnel. La vérité est qu’il n’y a pas assez de journalistes pour réaliser 20 ou 22 minutes de reportages par édition et qu’il faut donc remplir. Un invité ne coute rien à la chaîne et permet de combler 3 minutes d’antenne. Il remplace ainsi 2 reportages. La direction économise 2 équipes, soient 4 salariés !
C'est un fait ! Aujourd'hui, la ligne éditoriale de la chaîne est conditionnée par le manque de moyen. Aucune enquête, de moins en moins de fond dans les reportages, de moins en moins de suivi de l'information, des directs avec le camion satellite supprimés le week-end car cela coute trop cher, des magazines et des documentaires de plus en plus rares, des déplacements à l'étranger annulés, des reportages tournés de plus en plus souvent sans preneur de son et donc de qualité de plus en plus médiocre... la liste est longue. Tristement longue.
Téléspectateurs, vous voilà donc à présent informés des coulisses de votre
télévision régionale.